Pourquoi avons nous autant de mal à ne rien faire ?
- laurianebernardin
- il y a 14 minutes
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"J'ai enfin un moment pour moi... mais je n'arrive pas à en profiter."
Cette phrase, je l'entends souvent.
Sur le papier, beaucoup d'entre nous rêvent d'avoir plus de temps libre. Moins de contraintes. Moins d'obligations. Plus de moments pour souffler.
Et pourtant, lorsque ces instants se présentent, il n'est pas rare qu'un certain inconfort apparaisse.
On regarde son téléphone.
On trouve quelque chose à ranger.
On pense à ce que l'on devrait faire.
On culpabilise de ne pas être plus utile.
Comme si ne rien faire était devenu plus difficile qu'être occupé.
Une société qui valorise l'action
Depuis longtemps, nous évoluons dans un environnement qui valorise le mouvement, la performance et l'efficacité.
Etre occupé est souvent perçu comme un signe d'implication.
Remplir son agenda peut donner l'impression d'être utile.
Produire, avancer, accomplir deviennent parfois des repères rassurants.
A l'inverse, ne rien faire peut être associé à la paresse, à la perte de temps, voire à un manque d'ambition.
Ces messages sont parfois si intégrés que nous ne les remettons même plus en question.
Quand le repos ne ressemble plus au repos
Beaucoup de personne parviennent à s'arrêter physiquement sans jamais réussir à se reposer mentalement.
Le corps est assis sur le canapé, mais l'esprit continue sa course.
Il pense à demain.
A ce qui n'a pas été fait.
A ce qui reste à organiser.
Parfois même, le simple fait de prendre du temps pour soi génère une forme de culpabilité.
Comme si ce temps devait être justifié, comme s'il fallait l'avoir mérité.
Quand l'agitation devient une façon de tenir
Il arrive aussi que nous soyons tellement sollicités par le quotidien que nous ne prenions plus le temps de nous écouter.
Le travail, les responsabilités, les imprévus, les écrans, les obligations familiales... tout cela occupe une grande partie de notre attention et de notre énergie mentale.
A la fin de la journée, beaucoup de personnes se sentent épuisées. Non seulement physiquement, mais aussi intérieurement.
Dans cet état de fatigue, il devient plus difficile de ce connecter à ce que l'on ressent. On repousse certaines questions. On remet à plus tard certaines préoccupations. Non pas par manque de volonté, mais simplement parce que l'on n'a plus l'énergie nécessaire pour s'y arrêter.
Pourtant, ce qui est mis de côté ne disparaît pas toujours.
Une inquiétude ignorée, une émotion non exprimée ou une difficulté relationnelle continuent souvent d'occuper une place, même discrète. Elles restent présentes en arrière-plan et peuvent contribuer, elles aussi, à cette sensation d'épuisement.
C'est parfois là que s'installe un cercle vicieux : plus on est fatigué, moins on s'écoute. Et moins on s'écoute, plus certaines tensions intérieures risquent de s'accumuler.
La difficulté à exister sans produire
Derrière cette incapacité à ralentir se cache parfois une question plus profonde que nous ne l'imaginons :
Ai-je de la valeur lorsque je ne fais rien ?
Bien sûr, la plupart d'entre nous répondront spontanément que oui. Nous savons rationnellement que notre valeur ne dépend pas uniquement de nos résultats ou de notre efficacité.
Pourtant, dans les faits, beaucoup de personnes ont appris à se sentir utiles avant de se sentir simplement présentes.
Elles ont été valorisées pour leurs résultats, leur investissement, leur capacité à aider, à réussir ou à prendre soin des autres. Progressivement, l'action est devenue un repère rassurant.
Alors lorsque l'activité ralentit, un inconfort peut apparaître.
Comme si le silence laissait émerger une question que l'on n'a pas l'habitude de se poser : que reste-t-il lorsque je ne suis plus en train de faire ?
Pour certaines personnes, s'arrêter n'est pas seulement difficile parce qu'elles ont beaucoup à faire. C'est difficile parce que ça les confronte à elles mêmes, en dehors de leurs rôles, de leurs responsabilités et de leur performances.
Apprendre à ne rien faire , ce n'est donc pas seulement apprendre à se reposer. C'est parfois apprendre à se reconnaître une valeur qui ne dépend ni de ce que l'on produit, ni de ce que l'on apporte aux autres. Et ça, c'est difficile.
Réapprendre à respirer
Ne rien faire ne signifie pas d'être inutile.
Cela ne signifie pas non plus abandonner ses responsabilités.
C'est simplement s'autoriser, de temps en temps, à sortir de la logique du rendement.
Regarder un paysage.
Lire quelques pages sans objectif.
Marcher sans destination particulière.
Laisser son esprit vagabonder.
Des gestes simples, qui paraissent anodins, mais qui permettent souvent de retrouver un rapport plus apaisé à soi même.
En conclusion,
Si vous avez du mal à ne rien faire, vous n'êtes probablement pas seul.
Avoir parfois tant de mal à ne rien faire, ce n'est pas seulement parce que les journées sont chargées.
Dans un monde qui nous pousse sans cesse à avancer, ralentir peut devenir un véritable apprentissage.
Nous vivons dans un rythme qui laisse peu de place au vide, au repos et à l'écoute de soi. A force d'être sollicités de toutes parts, nous pouvons finir par considérer l'agitation comme normale, et le calme comme inconfortable.
Pourtant, ralentir n'est pas perdre son temps.
C'est parfois reprendre contact avec ce qui compte réellement, avec ce qui nous fatigue, avec ce qui mérite notre attention.
Peut être que le repos ne consiste pas seulement à s'arrêter quelques instants. Peut être consiste-t-il aussi à s'autoriser, de temps en temps, à ne rien produire, à ne rien optimiser, et simplement à être présent à soi-même.
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