Quand on ne sait plus ce qu'on ressent vraiment
- laurianebernardin
- 16 janv.
- 3 min de lecture
Il arrive un moment où la question n'est plus de savoir si l'on va bien ou mal.
La question devient plus floue : qu'est ce que je ressens, au juste ?
Certaines personnes disent ne plus parvenir à mettre des mots sur ce qui se passe à l'intérieur. Elles savent qu'il y a quelque chose, mais elles ne savent pas quoi.
Ce n'est pas une tristesse claire.
Ce n'est pas une colère identifiée.
C'est un mélange confus, parfois même un vide.
Et ce flou peut être déstabilisant.
Quand les émotions deviennent difficiles à nommer
Ne plus savoir ce que l'on ressent ne signifie pas que l'on ne ressent rien.
Bien au contraire.
Souvent, c'est que trop de choses ont été mises de côté, trop longtemps, sans espace pour être entendues.
A force de gérer, de faire face, d'avancer, les émotions peuvent perdre leur forme.
Elles ne disparaissent pas, mais elles deviennent indistinctes. Comme si elles se superposaient, s'annulaient, ou restaient en arrière-plan.
Alors on cherche à comprendre, sans y parvenir.
On analyse.
On tourne en rond.
Et ce brouillard intérieur peut devenir source d'inquiétude.
"Je ne sais pas ce que je ressens, et ça m'inquiète"
Cette phrase revient souvent.
Parce que ne pas savoir ce que l'on ressent donne l'impression d'avoir perdu un repère essentiel.
Celui qui permet de se guider, de décider, de se positionner.
Quand les émotions sont claires, elles orientent.
Quand elles deviennent floues, tout semble plus incertain.
Les choix deviennent plus difficiles.
Les décisions plus lourdes.
Et parfois, on se demande si quelque chose ne s'est pas "cassé" à l'intérieur.
Le flou comme mécanisme de protection
Ce que l'on oublie souvent, c'est que ce flou n'arrive pas par hasard.
Il peut être une manière, pour l'esprit, de créer une distance.
Une mise en veille émotionnelle, parfois nécessaire à un moment donné.
Quand certaines émotions sont trop complexes, trop contradictoires ou trop difficiles à accueillir seul, le système interne peut brouiller les signaux.
Non pas pour faire disparaître ce qui dérange, mais pour éviter une surcharge.
Ce flou n'est pas un échec.
C'est souvent une stratégie de protection.
Retrouver un langage émotionnel
Remette de la clarté ne se fait pas en forçant. Chercher à "comprendre à tout prix" peut parfois renforcer la confusion.
Ce qui aide, c'est souvent de ralentir.
De créer un espace où les ressentis peuvent émerger sans être immédiatement classés ou interprétés.
D'accepter de ne pas savoir, temporairement.
Petit à petit, les émotions reprennent forme.
Elles deviennent plus distinctes.
Plus reconnaissables.
Mettre des mots, mêmes approximatifs, est déjà un mouvement vers soi.
L'accompagnement comme espace de clarification
Dans un cadre thérapeutique, ce flou peut être accueilli tel qu'il est.
Il n'y a pas besoin d'arriver avec des réponses.
Ni avec des émotions bien identifiées.
Le travail se fait souvent à partir de ce qui est là : des sensations, des impressions, des silences parfois.
C'est un processus progressif, respectueux du rythme de chacun.
Et très souvent, comprendre ce que l'on ressent permet déjà de se sentir plus ancré, plus cohérent intérieurement.
En conclusion,
Ne plus savoir ce que l'on ressent peut être déroutant.
Mais ce n'est ni une perte définitive, ni un signe de faiblesse.
C'est parfois le signe qu'un espace manque.
Un espace pour écouter, pour déposer, pour laisser émerger ce qui n'a pas encore trouvé de mots.
Et reconnaître ce flou, c'est souvent le premier pas vers plus de clarté intérieure.
Commentaires